L’AFLATOXINE UN PRODUIT DANGEREUX AUSSI BIEN POUR NOS ANIMAUX QUE POUR L’HOMME.

Qu’est ce que l’aflatoxine ?

aflatoxineL’aflatoxine est une mycotoxine produite par des champignons (Aspergillus flavus, Aspergillus parasiticus et Aspergillus nomius). Ces micro-organismes ubiquitaires ont peu d’exigences de croissance (une température comprise entre 6 et 50 °C, une source de carbone et d’azote et une activité de l’eau supérieure à 80%). Cependant dans certaines conditions (température comprise entre 13 et 45 °C, humidité importante, présence de certains acides gras), ils peuvent produire des métabolites secondaires : les aflatoxines, qui sont donc des mycotoxines. Parmi les plus courantes, on trouve l'AFB1, l'AFB2, l'AFM1, l'AFG1 et l'AFG2. Les moisissures qui engendrent des aflatoxines sont très répandues dans le monde entier, sous les climats tempéré, subtropical et tropical, et les aflatoxines peuvent être produites avant comme après les moissons, sur de nombreux aliments de l’homme et de l’animal et plus particulièrement sur les oléagineux, les fruits comestibles en coque et les céréales (Coker, 1997).

 

 

Moisissures et mycotoxines d’importance mondiale

Espèce de moisissure

Mycotoxines engendrées

Aspergillus parasiticus

Aflatoxines B1, B2, G1, G2

Aspergillus flavus

Aflatoxines B1, B2

Fusarium sporotrichioides

Toxine T-2

Fusarium graminearum

Déoxynivalénol (ou nivalénol)

Fusarium graminearum

Zéaralénone

Fusarium moniliforme (F. verticillioides)

Fumonisine B1

Penicillium verrucosum

Ochratoxine A

Aspergillus ochraceus

Ochratoxine A

AFLATOXINE DANS LE RAKAL OU TOURTEAUX D’ARACHIDE

RakaalDes analyses effectués au niveau de l’Institut de technologie alimentaire (ITA) sur des échantillons de tourteaux d’arachide « ou rakal » ont montré la présence d’aflatoxine a un taux très important soit plus de 11 fois de plus le taux normalement toléré (20ppb). Deux échantillons  prélevés directement après extraction de l’huile d’arachide (à la manière artisanale l’un et à la manière industrielle  pour l’autre) ont été analysé. Les résultats sont résumés dans les tableaux ci-dessous :

 

 

 

 

Tableau 1 : résultats d’analyse tourteau d’usine

QUANTITE RECUE

Tourteaux USINE

REMARQUE

785g


METHODE

ISO 14718

PARAMETRES

AFLATOXINES B1 (ppb)

184,8

 

AFLATOXINES B2 (ppb)

23,3

 

AFLATOXINES G1 (ppb)

12,0

 

AFLATOXINES G2 (ppb)

5,0

 

TOTAL (ppb)

225,1


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 2 : résultats d’analyse tourteaux artisanal

QUANTITE RECUE

Tourteaux ARTISANAL

REMARQUE

450g


METHODE

ISO 14718

PARAMETRES

AFLATOXINES B1 (ppb)

179,3

 

AFLATOXINES B2 (ppb)

20,5

 

AFLATOXINES G1 (ppb)

46,5

 

AFLATOXINES G2 (ppb)

3,0

 

TOTAL (ppb)

249,3

 

 

Nous remarquons que les taux d’aflatoxine sont trop élevés en générale (même si l’échantillon provenant de la traite artisanale est plus contaminé avec un échantillonnage plus faible). Parmi ces aflatoxines présentes : c’est l’aflatoxine B1 qui est le taux le plus élevé. L’aflatoxine B1 est un agent cancérogène pour l’homme (CIRC, 1993a) et constitue l’un des plus puissants facteurs de cancer du foie que l’on connaisse. Si l’effet immunosuppresseur des aflatoxines chez le bétail se manifeste de la même façon chez l’homme, il est possible que les aflatoxines (et autres mycotoxines) jouent un rôle important dans l’étiologie de certaines maladies humaines dans les pays en développement, où l’on rapporte que le risque de contamination est très élevé.

De très nombreux produits alimentaires destinés à l’homme ou aux animaux peuvent contenir des aflatoxines en quantité parfois importante : graines d’arachides, maïs (en grain, ensilage, …), blé, céréales diverses, amandes, noisettes, noix, pistaches, figues, dattes, cacao, café, manioc, soja.... Les aflatoxines B1 et B2 (AFB1 et AFB2) sont les plus couramment rencontrées dans les aliments. L’Institut de technologie alimentaire (ITA) a réussi à éliminer l’aflatoxine de l’huile brute d’arachide, selon un procédé artisanal basé sur l’usage de l’attapulgite, une argile que l’on trouve au Sénégal, a indiqué Dr Amadou Kane, chercheur dans cet établissement public sénégalais. Aucune étude n’est encore publiée au Sénégal, pour situer le niveau des risques et les conséquences sanitaires liées à l’aflatoxine. En effet, il faudra analyser un nombre important d’échantillons pour avoir des résultats représentatifs du niveau de contamination. Mais jusqu’à présent, malgré sa percée technologique, l’ITA n’a pas encore reçu de l’Etat l’autorisation d’encadrer la production artisanale d’huile d’arachide, même s’il continue de donner des conseils et les moyens à mettre en œuvre pour prévenir la contamination ou pour éliminer l’aflatoxine de l’huile artisanale.

Les aflatoxines sont reconnues comme étant les plus puissants cancérigènes naturels. L’intoxication aiguë par les aflatoxines se traduit par la mort en général avec parfois des symptômes de dépression, anorexie, diarrhée, ictère ou anémie. Les lésions essentiellement hépatiques (nécroses, cirrhose) évoluent à long terme en hépatome ou carcinome. Les formes chroniques d’aflatoxicose se traduisent par une baisse des performances pour les animaux d’élevage, une anémie, un ictère léger et une évolution cancéreuse à terme. La présence de mycotoxines dans les aliments pose de gros problèmes d’hygiène publique et de santé animale. L'AFB1 est considérée comme la plus toxique des aflatoxines.

Les effets des mycotoxines sur l’animal sont :

  • Une dépression immunitaire
  • Augmente le risque d’infections
  • Evolution plus rapide des maladies
  • Traitements antibiotiques moins efficaces
  • Altère la réponse à la vaccination

 

  • Troubles métaboliques
  • Perturbation de la flore intestinale
  • Augmentation des troubles digestifs
  • Refus d’alimentation
  • Dysfonctionnement rénal
  • Augmentation de la consommation d’eau
  • Troubles de la reproduction avec problème de fertilité
  • Mort

Chez le bétail, l’aflatoxine B1 absorbée avec des aliments contaminés est métabolisée au niveau du foie en un dérivé 4-hydroxy - appelé aflatoxine M1 - qui est chez les animaux laitiers (notamment vaches, brebis et chèvres) excrété dans le lait. Il existe de plus une relation linéaire entre la concentration de AFM1 excrétée et la quantité de AFB1 ingérée. Ainsi, il fut montré, chez la vache laitière, que 0.5 à 4% de l’aflatoxine B1 ingérée se retrouve sous forme d’aflatoxine M1 dans le lait. Cette mycotoxine conserve - à un moindre degré certes - les importantes propriétés cancérigènes de l’aflatoxine B1.

Chez l’Homme

D’après Dr Mamadou Diop de l’Institut du cancer de l’hôpital public Aristide Le Dantec à Dakar : l’aflatoxine est toxique pour le foie et c’est un promoteur de cancer. Elle est co-cancérigène, autrement dit, à elle seule, elle ne donne pas directement le cancer. Il faut qu’il y ait un autre facteur comme le virus de l’hépatite B ou C, ou l’alcool. La consommation excessive de l’arachide non stérilisée ou non pasteurisée peut provoquer une intoxication à l’aflatoxine. Cependant il ya une mauvaise communication qui est faite sur l’aflatoxine, qui n’est pas un produit que contient la graine d’arachide ; mais elle est produite par un champignon qui affecte les céréales mal conservées. Enfin Dr Diop suggère de donner aux producteurs sénégalais les moyens de stériliser l’huile d’arachide pour qu’elle ne contienne pas d’aflatoxine ;

 

L’effet cumulatif lié à l’ingestion régulière et itérative de telles toxines fait courir de grands risques aux enfants et aux nourrissons grands consommateurs de laits et de produits laitiers. Ce risque est d’autant plus important que l’aflatoxine M1 résiste aux traitements usuels de conservation et de transformation des produits laitiers (chaleur, froid, lyophilisation...). On retrouve la presque totalité de l’aflatoxine M1 dans le lait écrémé, et dans les produits obtenus par précipitation lactique (yaourts, fromages blancs, crèmes lactées...), alors que l’on en retrouve très peu dans le beurre. Ceci est lié à la présence d’interactions hydrophobes entre l’aflatoxine M1 et les caséines, et de fait il est fréquent de constater un enrichissement des fromages initialement contaminés en aflatoxine M1 au cours de l’égouttage (les AFM1 se lient aux protéines du lait et sont donc plus concentrées dans le caillé que dans le lait frais et le petit lait). Actuellement, le taux maximal d'AFM1 autorisé dans le lait est de 50 ng/kg.

Pays

Quantité maximale (ug/kg)

Produits

Canada

15

Noix

États-Unis

20

Toute la nourriture

Union Européenne

2

Arachides, noix, fruits séchés et céréales

Argentine

0

Arachides, maïs et produits

Brésil

15

Toute la nourriture

Chine

10

Riz et huile de table

République Tchèque

5?

Toute la nourriture

Hongrie

5?

Toute la nourriture

Inde

30

Toute la nourriture

Japon

10

Toute la nourriture

Nigeria

20

Toute la nourriture

Pologne

0

Toute la nourriture

Afrique du Sud

5

Toute la nourriture

Zimbabwe

5

Toute la nourriture

 

Les sources de mycotoxines :

Mycotoxines

Matières premières

Aflatoxine

Sorgho, soja, mais, blé, orge, arachide (tourteaux, huile traditionnelle etc .)

Ochratoxine

Orge, avoine, blé, seigle

Trichothécènes

Orge, avoine, sorgho, soja, mais, blé

Fumonisine

Mais, soja, sorgho

Zéaralénome

Orge, sorgho, mais, blé, ensilages (herbe, légumineuse, mais)

Alcaloides d’esgot

Seigle, blé, sorgho

Toxines de fétudes élevée

Fétuque élevée et autres herbes

Roquefortine

Ensilages (herbe, léguimineuse, mais)

Citrinine

Orge, blé, avoine, mais

Acide cyclopiazonique

Mais, blé

Patuline

Ensilage (herbe, légumineuse, mais)

 

Conseils pratiques :

  • Il faut éviter de donner du tourteau d’arachide ou « rakal » non traité contre les aflatoxines aux animaux afin d’éviter tous ces problèmes qui contribuent à des pertes économiques graves et le plus souvent à la mort des animaux intoxiqués de manière progressive. Il n’existe pas de traitement spécifique contre ces toxines tout ce qu’on peut faire c’est éviter de donner des aliments contenant ces mycotoxines à nos animaux ou bien traiter ces aliment avec attapulgite (une argile) qui neutralise ces toxines dans l’aliment,
  • Il faut éviter de stocker de l’aliment (céréales, tourteaux, etc.) pendant longtemps ou dans un endroit chaud et humide : conditions favorables au développement des champignons qui produisent ces toxines,

Mauvais stockage

  • Eviter de donner du pain ou de le l’aliment moisis,
  • Donner de l’aliment usiné aux animaux. Les minoteries normalement sont sensés utilisés des capteurs d’aflatoxine dans leur aliment pour bétail.
  • Faire analyser régulièrement l’aliment qu’on donne aux animaux,
  • Une analyse régulière du lait et des produits laitiers (détection et/ou quantification de l'AFM1 à partir d'échantillons de lait frais, de lait en poudre reconstitué ou de fromage) permet également de limiter les risques d'intoxication,
  • Pour limiter la concentration des aflatoxines dans le lait, différentes mesures peuvent être prises en amont de la production des aliments destinés aux animaux laitiers :
    • Un système de rotation des cultures assez long pour permettre l'assainissement des cultures;
    • Une utilisation de variétés de céréales moins sensibles à la contamination fongique ou plus précoces;
    • Un système de récolte qui évite de rompre les grains;
    • Une analyse de l'ensilage utilisé pour l'alimentation des animaux (détection et/ou quantification de l'AFB1 dans des échantillons d'ensilage), et en cas de détection d'aflatoxines, un retrait du silo des parties présentant des signes de détérioration aérobie et un traitement de l'ensilage restant au propionate, additif alimentaire accélérant la fermentation. D'autres agents chimiques tels que les acides, les bases (ammoniaque, soude), des agents oxydants (peroxyde d'hydrogène, ozone), des agents réducteurs (bisulfites), des agents chlorés, du formaldéhyde peuvent aussi être utilisés pour dégrader ou biotransformer les aflatoxines. On peut également épandre un agent d’ensilage hydrodispersible contenant une souche de bactérie lactique brevetée : Lactobacillus buchneri NCIMB 40788, reconnue pour sa capacité à améliorer la stabilité aérobie (action antifongique) des ensilages à forte matière sèche. Cet agent est particulièrement recommandé pour les ensilages de maïs ouverts au printemps/été;
    • Une couverture constante de l'ensilage;
    • Dans le cas de grains de maïs, un séchage des grains avant l'entrepôt et un maintien du niveau d'humidité à 14 ou 15%;
    • Une ventilation dans le dessiccateur à fourrage.